soulages

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PIERRE SOULAGES

Né le 24 décembre 1919 à Rodez.

Depuis toujours, « le peintre du noir » s'est fait chercheur de lumière. De ses premiers idéogrammes au brou de noix ou au goudron des années 1940 jusqu'aux puissants polyptyques architectoniques de ses « Outrenoirs », en passant par ses toiles monumentales aux vigoureux tracés noirs et aux transparences par raclage qui l'ont très vite fait considérer comme l'un des principaux ouvreurs de piste de la peinture de l'après-guerre, Pierre Soulages n'a cessé de mener son oeuvre entre sculpture d'ombre et poétique de la lumière. Peintre abstrait ? Sûrement pas ! Même s'il n'a jamais été intéressé à « faire le détour de la représentation », l'abstraction n'est pas son histoire. Sa peinture ne se veut tributaire ni de la figuration ni de la non-figuration : elle existe par elle-même, en toute autorité et autonomie.

Depuis 1979, l'année à partir de laquelle le noir y a pris toute la place, sa peinture crée à la fois un nouveau champ mental : un noir au-delà du noir qu'il nomme « outrenoir » et qui, dans les épaisseurs et les textures de la matière, sculpte, rythme et transmue la lumière ; une nouvelle temporalité : celle de l'instantanéité de la vision qui se module différemment à chaque point de vue ; et un nouvel espace : celui que le tableau lui-même sécrète autour de lui et qui inclut ses spectateurs.

Pourquoi le noir ? Parce que « c'est une couleur qui ne transige pas » et qui les contient toutes. « Tout vient du noir, même s'il est la couleur que l'on rencontre le moins dans la nature. Il amène une intériorité et un degré d'abstraction supérieurs à toutes les autres ». Le noir renvoie aussi à sa passion de l'originel et des commencements -la préhistoire, les « primitifs », les périodes archaïques- qu'il vit non pas dans la nostalgie d'un idéal perdu, mais bien avec le sentiment de s'y ressourcer comme à un éternel présent, une permanence et une émotion toujours vives par-dessus les âges, un rappel à toujours viser l'essentiel.

A la fois sombre et lumineuse, tactile et mentale, violente et contemplative, son œuvre s'offre comme une expérience à la fois physique, métaphysique et poétique qui se vit en direct. Au-delà du noir, bien sûr, mais au-delà des mots aussi. Bien au-delà.

Françoise Jaunin